Jacques Prévert - Chasse à l'enfant

Soumis par Françoise Polack le mer, 10/11/2010 - 23:00

Ce poème de Jacques Prévert évoque la mutinerie d'août 1934.

Après que les moniteurs aient tabasser un pupille*, les jeunes détenus se sont soulevés et enfuient. Une prime de 20 francs a été offerte à quiconque capturerait un fugitif. Cette mutinerie a déclenché une campagne de presse demandant la fermeture des bagnes d'enfants.

* un pupille : personne mineure placée sous la responsabilité d'un tuteur.

 

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !


Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau


Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !


Qu'est-ce que c'est que ces hurlements


Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !


C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant


Il avait dit j'en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l'avaient laissé étendu sur le ciment


Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !


Maintenant il s'est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui


Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes


Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !


C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant
Pour chasser l'enfant, pas besoin de permis
Tous les braves gens s'y sont mis
Qu'est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C'est un enfant qui s'enfuit
On tire sur lui à coups de fusil


Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !


Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage


Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !


Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent


Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau.

 

                      extrait de Paroles, éditions Gallimard